dimanche 15 avril 2012

Livres

«Ceux qui brûlent des livres finissent tôt ou tard par brûler des hommes». Heinrich Heine (1797-1856). Cette citation de Heine est très souvent appliquée au troisième Reich. Ce qui peut paraître anachronique, puisqu’il écrivait cela au dix neuvième siècle et que, à n’en pas douter, il faisait plutôt référence à l’inquisition et au passage aux bûchers d’hérétiques après qu’on a brûlé des livres interdits. Peut-être fait-il, même, allusion au glissement sémantique qui a conduit à nommer “autodafé” les bûchers d’hérétiques et non plus de livres. On parle donc de phrase “visionnaire”, puisqu’elle semblerait annoncer, justement, les crimes nazis. Là encore, on peut s’interroger sur la chronologie des faits. Dès 1925, dans mein kampf, Hitler faisait allusion aux juifs, aux communistes et aux Tziganes comme éléments “non allemands”. Et, à n’en pas douter, l’idée même d’élimination de ces populations pourrait bien avoir germé dans son esprit malade bien avant 1933, date du grand autodafé nazi. On peut donc s’interroger sur des variantes de la phrase de Heine: ne seraient-ce pas plutôt ceux qui peuvent brûler des hommes qui brûlent des livres? Ce qui m’embête un peu plus dans cette phrase, très utilisée par les penseurs romantiques au grand coeur, c’est l’espèce d’équivalence, qu’elle contient indéniablement, entre hommes et livres. Tout écrivain raisonnablement sensé devrait convenir qu’on doit pouvoir donner tous les livres pour sauver un homme, à plus forte raison une communauté. Les livres sont des productions humaines et leur côté sacré n’est pas, à première vue, évident. Sauf à considérer que tout livre est une réplique “du livre”. Une mystique, en quelque sorte. La “religion” du livre. Que serait le monde sans livres, me direz-vous? Il est certain qu’il serait autre. Meilleur? Pire? Qui peut dire? Mais il est un cas où l’assimilation entre livre et Humain ne peut s’opérer. Je veux parler des civilisations orales, comme il en existait, par exemple, et il y a peu, comme il en existe encore, en, Asie, en Afrique, avec les célèbres Griots. Un Griot qui meurt c’est une bibliothèque qui brûle, disait-on à l’envi. Dans ces sociétés, en tous cas, pas question de brûler des livres, même pas de savoir si l’on commence par le livre ou par l’Homme, ce qui n’a en rien empêché de brûler des Hommes. Il y aurait là comme une déconnexion entre les deux que je n’en serais pas étonné. Ce qui me donne à penser que l’équivalence livre-Homme ne peut avoir lieu que dans un seul endroit. Et, cet endroit, c’est évidemment le cerveau du tortionnaire. Ce personnage est un être illuminé, au mieux, fanatique et barbare, en général, inculte, la plupart du temps. Pour lui, pour ses acolytes fanatisés, un être humain n’a pas plus de valeur qu’un morceau de papier. Pour lui et pour lui seulement, brûler un livre, qu’il abhorre évidemment, puisqu’inculte et plein de ressentiment face à la culture, brûler un livre, donc, c’est aussi grave ou aussi peu grave que brûler un homme. Ceci posé, reste à comprendre pourquoi le consensus sur l’équivalence perdure et pourquoi de nombreux intellectuels continuent d’affirmer que brûler des livres ce serait comme brûler des Hommes, ou, plus exactement, que brûler des livres indiquerait une capacité à brûler ensuite des Hommes. Je ne vois pas d’autre explication que celle évoquée plus haut : pour eux, un livre est sacré. Ils croient en la “religion du livre”. Bien qu’écrivain, bien que passioné de littérature, bien que persuadé de l’immense importance de la culture livresque, je vous l’avoue : je veux bien qu’on brûle des livres, et même pour de très mauvaises raisons. On se sortira de ce massacre. Voir Farenheit 451. Mais à condition qu’on ne touche pas un seul cheveu de la tête d’aucun humain. Et si vous me répondez que l’un ne peut pas aller sans l’autre, je vous répondrai que vous m’avez sûrement mal lu ou bien que vous êtes.....


PS: Je ne peux pas laisser ces points de suspension sans explication, supputant que vous allez y mettre immédiatement le mot con. Ce n’est pas le sens induit. Ce que je voulais suggérer, c’est que vous êtes l’un, graine de dictateur, ou l’autre, religieusement attaché au livre.... Mais, ceci dit, votre élan premier était peut-être le bon.

vendredi 13 avril 2012

De plus en plus bêtes?

L’intelligence humaine serait sur le déclin.... Disons que l’intelligence moyenne, celle qu’on mesure par des tests, est en baisse. Je vous vois, bande de coquins.. Vous vous dites tout de suite : ah bah ! .. je confirme.. Qu’est-ce qu’ils sont cons, les autres!.... Le problème, c’est que c’est la moyenne qui baisse et que la moyenne, elle tient compte de vous aussi. Serait-on, donc, plus cons qu’avant? En voilà une bonne question, pas vrai?.... Admettons que ce soit vrai. Quelle pourrait en être la raison? L’éducation?.. C’est la première idée qui vient.. le niveau baisse, c’est bien connu... Et comme ça dure depuis longtemps, les parents étant eux-mêmes plus cons, leur progéniture serait victime de l’abêtissement général.... C’est une idée. La génétique?... Pourquoi pas?... Il se pourrait que l’espèce humaine soit déclinante, que nous soyons ce qu’on nomme une “fin de race”.... Beaucoup de gens pensent que l’avenir de l’Humain est relativement compromis.... Peut-être avons-nous entamé le déclin en commençant par la dégénérescence du cerveau. Autre idée, la mondialisation. Dans un sens le plus global envisageable. En élargissant le champ des connaissances possible, peut-être nous amène-t-elle à notre limite. Par exemple, en multipliant, à chaque instant, la quantité d’informations disponibles, peut-être nous contraint-elle à ne plus tout comprendre. Il y a également son aspect technologique. En particulier le numérique. Cet outil que nous avons ajouté à nos capacités, qui les multiplie quasiment à l’infini, peut-être nous impose-t-il un contact avec notre propre limite de réflexion, alors que, lui, ne semble pas en avoir. Mais on ne peut chercher les raisons de la baisse de l’intelligence moyenne mesurée sans mettre en cause l’instrument de mesure lui-même. Soit qu’il soit inadapté, soit qu’il soit mal étalonné. En gros, que le logiciel qu’il utilise soit faux. Malgré tout, je suis très amusé par cette nouvelle. Elle signifierait que l’Homme “augmenté” se retrouve, en fait, diminué. Elle confirmerait une idée qui trotte dans ma tête depuis des lustres. A mon avis, depuis l’invention de la bombe atomique, l’être humain est débordé par ce qu’il a créé. Aucun esprit, peu, très peu, en tous cas, ne peut s’enorgueillir de dominer encore la complexité de notre communauté humaine et, en tous cas, pas sous tous ses aspects. On est peut-être plus cons mais, de toute façon, l’intelligence moyenne ne peut y suffire.

vendredi 10 février 2012

Humanisme

L’existentialisme est un humanisme... Péremptoire affirmation de Jean-Paul. Une sorte de slogan qui lui est beaucoup reproché. Sa théorie de l’existentialisme, aujourd’hui unanimement raillée, et sûrement à juste titre, à cause, principalement, de sa vacuité, est, pour les anti, avec sa sympathie pour les théories marxistes, la raison de sa condamnation, le prétexte évident de lui préférer Camus. Une seule chose me paraît avoir été un peu oubliée, c’est que l’humanisme n’est pas un idéal. Tout philosophe raisonnablement critique devrait avoir compris que l’humanisme n’est en rien un exemple, en rien une théorie universelle. Les plus exigeants auraient même dû constater que l’humanisme est lui-même un totalitarisme. Sartre tente un ultime sauvetage de sa fumeuse théorie en la raccrochant à un concept, certes universellement reconnu, mais qui sent pourtant la charogne. Ce qui, à mon sens, ne condamne absolument pas le travail de cet intellectuel brillant et n’autorise surtout pas de se jeter dans les bras d’un autre, bien plus contestable sur beaucoup d’autres points. L’humanisme est une catastrophe intellectuelle. Ce qu’on pourrait reprocher à Sartre, c’est de ne pas l’avoir perçu. Ce qui ne justifie en rien les tenants de l’attitude inverse. Les scientifiques du dix-huitième siècle avaient déjà conceptualisé, à leurs dépends, cette notion, en énonçant un principe aujourd’hui risible : la nature a horreur du vide. Ils ne faisaient que traduire une profonde tendance de l’esprit humain: aucun n’est capable de laisser une question sans réponse. En référer à l’humanisme n’est qu’une clause de survie. La dernière chose qu’on peut proférer avant que de se faire définitivement brûler sur le bûcher des idées reçues. Reste qu’aujourd’hui, loin des lueurs de ce bûcher, l’humanisme a vilaine figure, tendance totalitaire. Et la solution aux problèmes théoriques qu’ont pu nous poser l’échec des communistes au pouvoir et leurs idéologues ne peut en rien se trouver du côté des humanistes modernes, surtout quand ils ne sont pas si modernes que ça. En résumé, Camus n’est pas un substitut valable de Sartre. C’est ensemble qu’il faut les jeter ou bien n’en jeter aucun, ce qui serait quand même le mieux.

mercredi 8 février 2012

Abîme.. Rapide et elliptique.....

On nous a bassiné, un temps, avec le concept de “fin de l’histoire”. Une pensée née de l’effondrement de “l’empire” soviétique. La fin de l’histoire, ce serait la fin des idéologies autres que capitalistes, la victoire totale du libéralisme. Le meilleur des mondes possibles. La moindre objectivité sur l’état du monde démontre aisément que l’histoire n’a pas cessé d’exister.

Autre vessie déguisée en lanterne, la fin de la philosophie. Que serait la question? Qu’on le veuille ou non, que cela plaise ou non, la question est, demeure, persiste à être celle de dieu, au sens d’un ordinateur, ce qui organise, la force à laquelle nous devons l’état du monde, la cause de toute chose. Tous les philosophes, ce qui n’est pas exactement la même chose que la philosophie, tous, ont tenté de résoudre la question de l’existence ou non d’une puissance supérieure, la démontrant, la réfutant, jusqu’à nous annoncer sa mort, mais, toujours, au nom de la seule valeur reconnue par tous, la raison. Peine perdue, simplement du fait que la raison ne peut, par essence, envisager ce qui n’est pas de son ressort. Dieu n’est pas raisonnable, au sens où la raison ne peut l’envisager. C’est égal. Dieu reste LA question philosophique. Que serait-ce, alors, que la fin de la philosophie? La résolution définitive de l’unique problème?... Pas de dieu, un dieu, plusieurs? Ce que les philosophes n’ont pas perçu, à mon sens, c’est qu’à force de travailler autour du concept de grand ordinateur, ils n’ont fait que le rapprocher du concevable. Jusqu’à le rendre mortel, ce qui est un paradoxe énorme, convenez-en. Ce qui a échappé aux philosophes déistes autant qu’aux athées, c’est tout simplement que leur recherche faisait d’eux-mêmes des dieux. Si Dieu existe, au fond, c’est probablement un type assez semblable à Platon à Kant, à Spinoza et même à Nietzsche. Pour un unique motif: le fait que la raison ne peut disserter que de ce qu’elle perçoit, c’est à dire la raison. Le concept de dieu ne peut être considéré par la raison. Tout juste la raison peut-elle nous amener au bord du précipice que représente cette question. L’exigence que nous devrions avoir envers nos penseurs, ce serait d’avoir le courage de la laisser en suspens. La volonté même de tenter une solution ne peut avoir qu’une seule conséquence: un bouclage sur soi-même. Le philosophe me semble ontologiquement condamné à ne jamais pouvoir répondre à la seule question qu’il se pose en réalité. La fin de la philosophie est donc consubstantielle à la philosophie elle-même, comme un serpent peut, en théorie, s’absorber lui-même en mordant sa queue. Mais qui, me direz-vous? Si.. Je l’affirme.. Vous demanderez qui.. Parce que, justement, vous ne savez pas laisser une question sans réponse. En ce sens, vous êtes tous, comme l’affirme la doxa, des philosophes. Qui?... Une sorte d’humains me paraît adaptée à cette question. Ce sont les scientifiques et, parmi eux, ceux qui travaillent à l’histoire de l’univers. Laplace disait, parlant de dieu : je n’ai pas besoin de cette hypothèse... Les gens qui travaillent sur le “Big Bang” ne cessent de reculer l’échéance et, pour eux, la question de dieu ne se pose pas encore. Simplement parce que c’est une question d’une profondeur infinie. La réponse à cette question n’est pas, pour eux, d’actualité. Ce qui incite à penser que les philosophes, quant à eux, ont toujours cruellement manqué de recul. Ce dont je conclurais, de manière tout à fait personnelle, que la philosophie porte en elle le mal qui la fera périr. Ou bien que la philosophie est une chose bien trop sérieuse pour être confiée aux philosophes.

dimanche 5 février 2012

Camus ?.. Non ! .... Onfray...

Michel Onfray.... Quand Michel est arrivé sur le marché, je suis certain qu’on a été beaucoup, comme moi, à y croire.... Y croire... encore!... Un philosophe populaire, dis donc!.... Issu du peuple, je veux dire... Mais, lui, manifestement, le double sens de populaire, ça lui a échappé.. Pas immédiatement.. Avec degrés.... Ça a commencé à chauffer avec Nietzsche et la gauche.. Pas que le sujet soit inintéressant... Mais on a vu Michel y exercer sa volonté de puissance. LE nietzschéen de gauche, c’était lui et rien que lui.... Après, il y a eu Freud. Là, Michel, il s’est dévoilé.. Un peu plus, sûrement, que ce qu’il voulait.. Et maintenant, voilà Camus.... Là, c’est contre-pied. Camus est tellement consensuel, le genre gendre idéal, qu’on ne s’attendait sûrement pas à le trouver là, notre Michel rebelle (belle et rebelle, faut reconnaître...). Camus, je ne veux même pas en parler.... Et surtout pas dans les termes de l’opposition à Sartre. C’est ça qui est à la mode. Le crapaud maoïste et lubrique doit rendre gorge, même au prix de tous les mensonges.... Ceux que je plains, en vérité, ce sont tous les penseurs alternatifs qui ont beaucoup investi dans le personnage Camus... Je ne suis pas certain que notre Michel leur ait rendu un grand service.....

mercredi 7 décembre 2011

Si......

Si Abel avait tué Cain
si Antigone n’avait pas dit non,
si Pygmalion n’avait pas été exaucé
si Romulus avait perdu face à Remus
Si Œdipe n’avait pas épousé sa mère
Si Achille n’était pas mort à Troie,
Si Narcisse n’avait pas trouvé d’eau
Si Prométhée avait eu une cirrhose du foie
Si son étincelle s’était éteinte en chemin
Si le caillou de Sisyphe s’était coincé contre une autre pierre
Si Orphée n’avait pas trouvé l’entrée des enfers
Si Lysistrata n’avait pas fait la grève de l’amour
Si Moïse avait cassé les tables de la loi en redescendant
Si Marie avait fait une fausse couche
Si Mahomet n’avait pas reçu ses disciples derrière un voile
Si Juliette n’avait pas aimé Roméo
Si Jesus n’avait pas eu de main gauche
Si Don Juan avait été saisi de troubles de l’érection
Si la statue du commandeur avait été détruite lors d’un tremblement de terre
Si Descartes avait souffert d’aérophagie
Si Platon avait, par amitié, bu la sigüe avec Socrate,
Si Nietzsche était né femme
Si Sir Edmund Hillary avait eu les pieds gelés pendant son ascension
Si Sigmund Freud n’avait pas fumé le cigare
si Albert Einstein n’avait pas réussi à fuir les nazis,
Si Karl Marx n’avait pas porté la barbe
Si il n’avait pas rencontré Hengels
Si Trotsky avait fui vers la Bolivie
Si Staline n’était pas né en Georgie
Si James Dean n’avait pas eu d’accident
Si Marylin avait eu un gros cul et de tout petits nichons
Si Facel Vega avait fait faillite bien avant 1960
si Ché Guevarra avait survecu à son assassinat programmé
Si Sophie n’avait pas choisi
Si Françoise Sagan n’avait pas bu
Si Edith Piaf n’avait pas chanté dans la rue ce jour-là
Si Charles Trenet n’avait pas été homosexuel
Si Neil Armstrong s’était pris les pieds dans son échelle et avait déchiré sa combinaison dans sa chute
Si H. Von Braun n’avait pas été récupéré par les services US
Si Gandhi avait été violent
Si Galilée avait eu moins sale caractère
Si Gutemberg avait manqué d’encre
Si Copernic avait été romain
Si Louis XVI n’avait pas été bricoleur
Si Robespierre avait été priapique,
Si Hippocrate avait été un tortionnaire
Si Sade n’avait pas été marquis
Si Rostand ne s’était pas appelé Edmond
Si Pagnol avait raté son certif
Si la femme de Victor Hugo avait demandé le divorce
Si on n’avait pas trouvé comment faire du papier à partir de la cellulose des arbres
Si Lautrec n’avait pas peint Bruant en hiver
Si le Titanic n’avait pas coulé
Si l’or se trouvait vraiment au fond des ruisseaux
Si la lanterne des bordels avait été verte
Si Alexandre Dumas avait écrit ses livres
Si Beethoven n’avait pas été sourd (il ne nous aurait pas infligé ça!...)
Si Joseph avait fait son baluchon
Si Mozart avait vécu cent ans
Si Alfred Nobel n’avait pas inventé la dynamite
Si Zola avait péri dans le déraillement d’un train emmené par une locomotive à vapeur
Si Spartacus avait accepté les pots de vin
Si François Mitterrand avait été tondu à la libération
Si New York avait été créée en Afrique du Sud
Si personne n’avait jamais pensé à inventer l’Esperanto
Si Napoléon n’avait pas eu une mère abusive
Si Esmeralda avait, par charité ou par pur désir, accordé ses faveurs à Quasimodo
Si les heures du duc de Berry n’avaient pas été aussi riches
Si Saint Simon avait tout trafiqué
Si Nicolas Sarkozy avait mesuré un mètre quatre vingt dix
Si Taras Boulba avait connu la selle
Si le messi des juifs avait débarqué un beau matin
Si Stendhal avait été daltonien
Si Flaubert ne s’était pas pris pour madame Bovary
Si Christophe Colomb s’était trompé de route
Si Robin des Bois avait détesté le vert
Si Charles Perrault avait connu la psychanalyse
Si le roi Arthur n’était pas revenu de croisade
Si Excalibur avait complètement refusé de sortir de son rocher
Si Lancelot avait finalement sauté Guenièvre
Si Michel Ange était tombé de son échaffaudage
Si le billet de un dollar n’était pas vert
Si le baiser du prince charmant n’avait pas réveillé la princesse
Si Gavroche avait existé
Si la tour Eiffel était tombée après cinquante ans de rouille
Si le tabac n’avait pas été fumé
Si les dragons existaient
Si les frères Lumière n’avaient pas eu la bougeotte
Si Alfred Hitchcock n’avait pas été angoissé
Si Woody Allen n’était pas psychotique
Si Lacan n’avait pas acheté l’origine du monde
Si André Citroën avait été de gauche
Si Louis Renault n’avait pas collaboré
Si Charles de Gaulle n’avait été que colonel
Si le Loch Ness n’était pas vide de monstres
Si Louis Braille avait été manchot
Si La Fontaine n’avait pas lu Esope
Si Molière n’avait pas lu Plaute
Si la semaine ne commençait pas par le lundi
Si Bernard Henri n’avait pas trouvé la boutique Kenzo
Si notre Johnny national n’avait que deux cordes vocales
Si les écossais ne portaient pas de kilt
Si les Grecs anciens avaient été exclusivement homosexuels
Si Bernard Pivot s’était prénommé Théophraste
Si Céline n’avait pas été facho
Si l’amour ne durait vraiment pas toujours
Si le théâtre n’avait pas séduit les antiques
Si la neige ne tombait pas en hiver
Si le soleil se levait à l’ouest
Si le hashish ne nous tournait pas la tête
Si les femelles avaient un pénis
Si Henri Ford n’avait pas été nazi
Si Edgard Hoover n’avait pas été un homosexuel refoulé
Si Steve Jobs n’avait plus eu qu’un salsifi dans son frigo
Si Caron n’avait pas trouvé de bateau
Si les Indiens d’Amérique avaient été immunisés contre la variole
Si le ciel pouvait vraiment nous tomber sur la tête
Si Atari avait gagné la bataille des PC
Si les frères Goncourt avaient su écrire
Si les automobiles avaient toutes trois roues
Si Scott, Peary et Amundsen n’avaient pas tant aimé le Pôle Nord
Si le jus de raisin ne fermentait pas
Si les requins n’avaient pas de dents
si les baleines n’avaient pas de graisse
Si la Loire s’appelait l’Allier
Si les arbres émettaient un gaz polluant
Si les protéines d’origine animale n’étaient pas digestes pour l’être humain
Si le feu n’était pas tombé, un jour, du ciel, sur le tas de branchages d’un homme préhistorique
Si Thomas Edison n’avait pas réussi à enregistrer des voix sur un rouleau
Si l’on n’acceptait pas de confondre culture et tradition
Si, dans le cochon, tout n’était pas bon
Si les Noirs étaient bleus et les Jaunes orange
Si les animaux n’avaient pas décidé de se taire
Si ma tante en avait ou si elle avait des roues
Si mon grand-père n’avait pas réussi à mettre un trois mats en bouteille
Si nous étions nés dans le Nord au temps où l’on envoyait les enfants à la mine
Si un verrier fou avait réussi à fabriquer une bouteille assez grande pour contenir Paris,

quels mythes nous encombreraient,
aujourd’hui,
la pensée?

lundi 5 décembre 2011

Psycho-spiritualité

Mathieu Ricard...... Le sieur a pour père un certain Jean-François Revel qui épousa en seconde noce ( ce n’est pas sa mère, à Mathieu, si vous voulez) une autre certaine Claude Sarraute, elle-même fille d’une encore certaine Nathalie, écrivaine, et dont le talent dépasse largement et celui de sa fille et celui de son gendre. On dit qu’il est très délicat de se remettre d’avoir eu pour parent un talent véritable. Cet adage semble vrai pour ce qui concerne Claude.... Très original, au passage, Nathalie.. Tous ceux qui l’ont connu s’en souviennent forcément, le joli guide, Nathalie, Bécaud.... Bref.. Décor planté.. Le Mathieu... Moine bouddhiste.. Crâne ras, toge orange... Celui-là, je l’aime.... Parce que je suis raciste, hein, comme vous savez... Un furieux raciste.. Et bête... Au point de considérer le Bouddhisme comme une religion.. Vous dire si je n’ai rien compris.... Le Mathieu est le bras droit du grand Lama, le fils de dieu, ou un truc comme ça. Il est moine.. Mais ce n’est pas une religion.... Ce con est du genre étalon.... Pas d’allusion sexuelle... Etalon au sens unité de mesure.... Le genre qui ne doute même pas.. Et, suprême marque de sa connerie, bien entendu, il vous dira sans arrêt que, justement, sa vie est faite de doute.... La plupart des gens n’iront jamais au-delà de cette première barrière infranchissable.. Le Monsieur doute, on te dit!.... Donc, sous-entendu, toi, tu as le rôle du con puisque tu n’acceptes pas le doute que le monsieur te dit qu’il a. Certains tenteront l’étape suivante... Il suffit d’un “mais”.... Mais quoi?.... Ceux-là se prendront un déluge d’idées toutes faites, éculées, sempiternelles, sur la spiritualité.... En gros: ils n’ont rien compris. Le discours est rôdé... Pas une chance de reprendre la parole.. MAis, néanmoins, certains, plus taquins que d’autres, avec plus d’humour, peut-être, vont insister.... Ils vont se faire retourner comme un gant.... Tout ce qu’ils vont pouvoir dire à partir de ce moment sera retenu contre eux... Vous aimez le bleu? Tiens? Pourquoi le bleu? Mais non, pas comme ça, pas le bleu dans ce sens... Sens?.... Mais oui, enfin, pas le bleu au sens de concept.. Concept?.... Ils se feront piéger tout autant que ceux qui la ferment déjà, qui, au moins, ne se seront pas engagés et, donc, s’en tireront mieux, d’un point de vue personnel..... Le processus qui vient de vous être décrit porte un nom.. La manipulation.... Contre les manipulateurs, une seule arme: refuser tout débat et fuir.... Le Mathieu Pernod est invité partout et peut s’exprimer quand il le veut sur les médias.... Ne répondez jamais à ce type... C’est un malade.. Un malade grave... Quand on y a été confronté une fois dans sa vie, on connaît le nom de cette tare.. C’est pervers narcissique, le terme idoine.... Par contre, quand vous en avez identifié un, drame.... La question devient simplement l’est ou l’est pas?... Sarko, par exemple, oui.... DSK, pareil.... Ces types, ces femmes aussi, une seule manière de les reconnaître : pour eux, c’est toujours de votre faute. Le Mathieu Absinthe, là, c’en est un.. Un puissant.. Un très grave.... Fuyez!.....

jeudi 8 septembre 2011

Utile? A quoi?...

A quoi sert la philosophie?.... Sitôt qu’on a à sa table un philosophe, qu’on le reçoit à la radio, à la télé, dans les colonnes d’un journal, c’est inéluctable, la question tombe: à quoi sert la philo?.... Si l’on était un temps soit peu sérieux, on rirait!.... D’ailleurs, si vous avez envie de pisser dans votre culotte, je vous conseille d’écouter les réponses des “philosophes” médiatiques, les Comte-Sponville, Finkielkraut, Levy, Glucksmann, Onfray et autres Enthoven.... Même Derrida ou Sartre.. le pire, peut-être, Camus (simplement parce qu’il se croyait philosophe mais n’a jamais obtenu aucune reconnaissance officielle sur le sujet...) ..... A quoi ça sert?.... La meilleure réponse, outre le rire, ce serait de retourner la question.... Pourquoi la philosophie vous intéresse-t-elle au point que vous en attendiez une réponse?.... Ce serait derridesque (parce que déconstructif..) ... Dérider, d’ailleurs, si l’on accepte ce néologisme, cela résonne d’évidence avec rire et rajeunissement (paf!.. Des fois, en riant, on parvient à être très sérieux, vous ne trouvez pas?..).. A quoi sert la philo.. On rêve, non?... Et vos sales manies, votre bagnole, votre pognon, la démocratie, la guerre, la longueur de votre appendice ou la taille de vos nichons, l’économie, la science, en général, ou l’histoire, bande d’abruti(e)s, ça sert à quoi?.... Mais j’ai conscience que je suis en pleine diversion.. La question posée, espèce d’intello, c’est : à quoi sert la philo?.... A apprendre à mourir? A répondre à quelques questions éternelles? A connaître la vérité?... A acquérir la sagesse? Si la philo avait servi à l’un seulement de ces chapitres, cela se saurait, pas vrai?... Vous nous trouvez sages (citez m’en un seul!..), prêts à mourir, vous trouvez que les questions essentielles de l’existence ont trouvé leurs réponses?.... Ben!... Pour prendre un exemple trivial, le problème des lourdes charges, lui, a trouvé réponse: l’élévateur hydraulique. Le problème des déplacement itou: c’est l’auto!... Les questions existentielles, quant à elles!... Allez!.. je vais pas continuer à tourner autour du pot... A rien!.. A rien, c’est la réponse... Tout un tas de gens, au cours des âges, nous ont enseigné un truc imparable: l’essentiel, c’est la frivolité... En n’oubliant pourtant pas une chose: essayez donc d’être frivole lorsque vous avez acquis la culture et le niveau de conscience suffisants pour vous faire accéder aux réels problèmes existentiels.... Peut-être que la philo ce serait ça: parvenir à la frivolité en dépit de la pleine conscience du drame.. Nietzsche aurait dit un seul mot: surhomme...

lundi 13 juin 2011

Empathie

L’empathie est une notion très à la mode.... La lutte contre le capitalisme financier à outrance aurait trouvé sa parade: l’empathie!.... Parlons donc d’empathie. Que serait-ce? Une sensation, un sentiment, une émotion, qui vous ferait “sentir” l’autre, par-delà votre compréhension de sa condition, de son ethnie, de ses origines, de sa pensée, de ses traditions, et par-delà même vos propres acquis culturels. Un coup de foudre, quoi... Vous sentez, d’un coup, que l’autre est comme vous.... Votre frère sur Terre.... Et bien l’empathie, ce n’est pas ça du tout... C’est un truc super dangereux, à ne pas laisser entre toutes les mains, le plus souvent néfaste.

D’abord, pour reconnaître l’autre comme le double de soi-même, il faudrait commencer par savoir qui est “je”.... Depuis Freud et Nietzsche, qui ont découvert à peu près au même moment cette idée, ce qu’on nomme “je” m’est totalement inaccessible.... Freud a nommé ça la troisième blessure narcissique... Il nous a amené les notions d’inconscient et de subconscient, sous-entendant que “je” est un parfait inconnu pour moi.. Comment pourrais-je, alors, reconnaître l’autre comme mon semblable si je ne me connais absolument pas?....

Ensuite, l’empathie, ce serait donc le moyen de me relier à l’autre comme s’il était moi. En gros, donc, c’est le contraire de ce qu’on en dit puisque, au lieu de considérer l’autre comme un être indépendant, elle le ramène à soi... C’est tout simplement la négation de l’autre, de l’altérité, puisque tout est “comme moi”.....

L’empathie, la véritable, c’est une saloperie sans nom. Je ramènerai ça à l’idée indienne (des Amériques) selon laquelle, si l’on veut pêcher un saumon, on doit se faire saumon, tuer un ours se faire ours, éviter la morsure du serpent, se faire serpent. Il y a un intérêt vital à l’empathie. Ce qui en fait tout à fait autre chose qu’un “bon sentiment”. L’empathie, c’est avant tout ce qui vous permet de “voir” l’autre, de percer instantanément son intimité, de faire sauter la barrière invisible qui vous sépare de lui, barrière qui est généralement, pour l’autre, une clause de survie, la préservation de son propre mensonge vital. Une personne emphatique, c’est quelqu’un qui vous domine au premier regard. De vous, il sait tout, d’un coup d’oeil.... Et vous êtes immédiatement dans la peau du lapin qui va se faire croquer. Un monstre!.... A mon avis, pour expliciter ce qu’est un personnage emphatique, on ferait mieux de chercher du côté des Hitler, Staline, Barneys, Chirac, Mitterrand, Berlu ou Sarko... Regardez, lisez, ce qu’en disent les gens qui les ont approchés.... Pourquoi certains s’en servent-ils à mauvais escient et d’autres non? Mystère et boule de gomme.... Du moins, me semble-t-il, l’objet d’une autre chronique....

samedi 30 avril 2011

Citons, citons...

"Tout romancier qui se croit plus intelligent que ses romans ferait mieux de changer de métier".....

Milan Kundera

Celle-là, j'aime, j'aime, j'aime....

dimanche 24 avril 2011

Lecture

Bonjour,

c'est le temps des vacances.. vous avez le temps de lire.. je vous propose de vous rendre ICI pour consulter un texte ancien, certes, mais néanmoins toujours actuel...

Bonne lecture

P P

lundi 7 février 2011

Quoi de neuf? Diderot....

Pour qui fait profession de penser, le questionnement de base est immanquablement celui de la norme. S’insérer dans une sorte de continuité et reprendre à sa charge l’évolution des débats présents et passés ou bien refuser toute paternité, se poser soi-même en cas philosophique, avec tout le grisé que suppose la réalité, qui ne se conforme jamais aux raisonnements en blanc et noir, qui impose, selon le principe même de réalisme, qu’on ne soit jamais d’un côté ou de l’autre de manière entière, qu’il nous faudra toujours négocier avec notre propre pollution de l’esprit. Aucun de nous n’est au sens strict un cas philosophique. Cela interdit-il pour autant de le tenter?.... Et, ce, malgré tous ceux qui, eux-mêmes, n’ont aucun scrupule à vous rappeler que vous n’êtes que le produit d’une civilisation judéo-chrétienne. Au passage, on pourrait tout simplement leur faire remarquer que ce point de vue ne traduit rien d’autre que la satisfaction qu’ils retirent de ce qu’ils considèrent comme un état de fait incontournable.

Apparaît alors le problème de la chapelle. Ce qui me ramène, personnellement, au questionnement relativement efficace des années 70: d’où parlez-vous? Si le sieur est un scientifique, son discours sera outrageusement favorable à la science. S’il est philosophe, il ne pensera qu’à défendre la primauté de l’idée, d’un progrès dans l’histoire de la pensée. S’il est quidam, il se moquera allègrement de tout ce galimatias. Et si, par hasard, votre interlocuteur meurt de faim, il vous dira que vous êtes très beau et que votre discours est remarquable, à condition que vous lui accordiez l’aumône d’une petite pièce. Et si vous êtes, comme je le suppose fermement, tout à fait normés, vous pensez à cet instant que je suis un sale raciste, xénophobe, élitiste, cynique, facho, fou, asocial, malade, perdu, inhumain,...(rayez la mention inutile). N’en reste pas moins que, tous, quelle que soit la catégorie sociale ou politique à laquelle nous appartenons, tous, nous avons évidemment eu affaire à ces gens dont l’unique préoccupation n’est qu’eux-mêmes... Nos pères et mères, peut-être, notre compagnon(e), notre meilleur ami, nos enfants, pour ne parler que du cercle des proches... Le voisin, l’inconnu de la rue... La justification d’une telle attitude, qui s’appuie souvent ou bien sur la science, ou bien sur la philosophie, parfois même les deux, c’est que tout le monde est ainsi fait.... Je prétends qu’il y a des exceptions.. Il y a les cas philosophiques...

Un exemple me paraît significatif: celui de Denis Diderot. Ce littérateur doit une partie de sa disgrâce à l’emploi, dans l’un ses textes, de deux ou trois mots du genre bite, couille, con... Des insanités qui sont aujourd’hui du niveau de nos cours de récréation.... Mais, à l’époque... On le battit donc froid, ce qui est encore un peu le cas. Diderot n’a pas aujourd’hui la réputation qu’il mérite. Ce grand écrivain qui consacra une grande partie de son temps à l’énorme travail de la rédaction de l’encyclopédie, en quoi il voyait la concrétisation de son matérialisme forcené, au point d’y sacrifier un peu son oeuvre purement littéraire, quittera le monde en 1784, cinq années avant la Révolution dont il est pourtant l’un des plus évidents inspirateurs. Sa réputation sulfureuse n’a pourtant rien à voir avec son emploi de mots triviaux. Ce sont ses écrits, jugés comme antireligieux, qui lui valurent d’être emprisonné. C’est que Diderot est l’un des très rares écrivains français a avoir, dans la deuxième partie de sa vie, du moins, vécu dans la négation de l’existence de dieu. Pas seulement anticlérical et athée, plus qu’agnostique, antithéiste. Un homme persuadé de l’influence néfaste des thèses déistes, de la religion et de la croyance sur la vie de ses contemporains. Très rare, disais-je, car Diderot n’accordait aucune chance à l’existence d’un dieu, quel qu’il soit, et refusait tout débat sur ce thème. Ni dieu mort ni dieu bon, ni mauvais, ni utile, ni nécessaire, sauf aux puissants afin d’asseoir leur pouvoir sur les esprits. Aucun dieu, aucun débat. Le refus total. Très rare parce que je pense qu’il y a très peu d’autres auteurs qui aient ou aient eu une attitude aussi radicale. Au point de se faire enterrer civilement, à cette époque où ce voeu testamentaire n’allait pas de soi du tout. Des athées, certes, toujours prompts à se convertir, la mort approchant, des esprits “larges” qui s’accommodent de cette question chez les autres, ce qui leur évite d’avoir à faire un choix, des traditionalistes, qui se saisissent de cette question au nom d’une continuité dans la pensée, ce qui les amène parfois à une critique fondamentale, qui les conduit parfois jusqu’à la frontière de l’existence même d’un être supérieur, qui s’arrêtent, tous, au doute, à ce moment où le choix de croire est remis à chacun, à sa conscience, démontrant souvent qu’il n’y a pas plus de preuve positive que négative. Mais aucun qui réfute la question même. Diderot est un cas philosophique. Pas la peine de chercher plus loin le peu d’estime dans laquelle on le tient généralement, dans ce pays très marqué par la tradition catholique, bien plus qu’il n’est admis.

Dans le sillage de Diderot, mon désir est donc de me poser, infatué que je suis, en cas philosophique. Lui, venait après Descartes et Spinoza, considéré comme le maître de l’athéisme. Réputation fausse, à mon sens. Avis motivé par le fait que considérer une question est toujours participer à son établissement dans le réel, ne serait-ce qu’en obligeant ses contradicteurs à parfaire leur argumentaire, dans la mauvaise foi ou dans l’autorité. Mais, bien plus, débattre a pour conséquence de faire passer l’idée d’être suprême du domaine de l’arbitraire à celui du débat ouvert. Ce faisant, la contestation ne peut plus être globale et inconditionnelle. Le contradicteur doit s’expliquer sur la contestation d’une idée inepte et se trouve même contraint, lui-même, d’y donner corps: si l’on en parle, c’est bien que cela existe.....Diderot était le contemporain de Kant, pas plus efficient, selon moi, à réfuter l’existence d’un dieu et pour les mêmes raisons. Moi, je viens après Darwin, Freud, son concept de blessure narcissique, et, surtout, Nietzsche, ce qui fait un sérieux changement dans le paysage spirituel, et pourrait donner à penser que, pour le coup, ma démarche est, d’entrée, obsolète. Car on retient de Nietzsche, en général, qu’il a porté le coup fatal à la croyance. C’est inexact, selon moi: la question n’est pas réfutée. Dieu n’est pas mort. Cette formulation est par trop ambiguë et laisse la porte encore entr’ouverte. On serait en droit, d’ailleurs, de se demander si ce n’était pas là l’intention de l’auteur, et de remettre en cause, de fait, sa radicalité. Dieu n’est pas, n’a jamais été, n’est donc pas mort, et tout ce qu’on a pu en dire ou écrire est seulement digne du musée de la pensée. Ce qui ne signifie en rien qu’ils doivent pour autant être ignorés. Mais simplement que nous devons leur conférer l’intérêt d’un épisode historique de la pensée frappé d’obsolescence, comme, par exemple, l’existence de races ou les considérations animistes, les religions primales des Hominidés anciens de par le monde. Dieu n’est en rien une question philosophique. La pensée humaine s’est trompée de branche sur l’arbre de son parcours. Et même s’il semble que la question sociale et politique de la religion ait encore de beaux jours devant elle, une actualité brûlante, je suis persuadé que nous sommes bientôt au bout de cette branche pourrie et qu’il va nous falloir reprendre le chemin soit en sautant d’une branche à l’autre, soit en revenant bien en arrière dans le temps, totalement autrement dans la sélection des penseurs que la postérité a choisis, sans aucun hasard, j’en suis persuadé, puisqu’elle n’a retenu presqu’exclusivement que ceux qui ont considéré la question de dieu comme pertinente. Nietzsche nous a indiqué un point de départ possible, celui des philosophes pré-platoniciens. Ce qui ne peut, pour autant, être considéré comme la racine d’une pensée différente, si on l’en croit lui-même, puisqu’il réfute l’idée d’une archéologie de la pensée et nous oriente plutôt vers l’idée que tout ce qui pouvait concrètement être pensé, compte tenu de l’évolution des connaissances, a toujours été pensé en même temps et par tous ceux qui en ont fait l’oeuvre de leur vie. En vérité, il nous faut aujourd’hui retrouver ceux des penseurs qui, comme Diderot, ont refusé de penser ce sujet. Et il y en a. Ainsi, être un cas philosophique pourrait bien signifier plutôt un changement de référence qu’une invention. D’ailleurs, si l’être humain était capable d’invention, cela se saurait.




« Un phénomène est-il, à notre avis, au-dessus de l'homme ? Nous disons aussitôt : c'est l'ouvrage d'un Dieu ; notre vanité ne se contente pas à moins. Ne pourrions-nous pas mettre dans nos discours un peu moins d'orgueil, et un peu plus de philosophie ? Si la nature nous offre un nœud difficile à délier laissons le pour ce qu'il est et n'employons pas à le couper la main d'un être qui devient ensuite pour nous un nouveau nœud plus indissoluble que le premier ».

D. Diderot in “Lettre sur les aveugles et à l'usage de ceux qui voient”

Cette phrase est plus que simplement athée... La question de dieu y est renvoyée d’un revers de main et pas même remise: elle n’est pas une question. Une mauvaise réponse, tout simplement.

lundi 31 janvier 2011

La vie peut-elle expliquer la vie? La matière peut-elle expliquer la matière?....

Personnellement, mais peut-être ai-je l’oreille sélective, je n’ai jamais autant entendu parler du problème de l’origine que ces temps-ci.... Manifestement, ça nous tripote... Ça vous chatouille ou ça vous gratouille?.... D’où viens-je, où vais-je et dans quel état j’erre?... Question éternelle.. Si on cause correct, on doit dire ontologique... Devant le spectacle de la “nature”, la question de “l’étant ou de l’être”, on fond tous.. C’est inéluctable.... La seule profondeur dont nous sommes capables, si nous sommes “objectifs” (qui peut saisir le réel?...), c’est celle qui tient à “l’origine”. L’origine de la vie, de la Terre, de l’univers, la nôtre, ce qu’on voudra.. Mais le commencement.... Devant ce questionnement, force est de reconnaître que nous sommes inégaux. Pour des raisons qui tiennent peut-être à l’acquis, peut-être à l’inné, certains d’entre nous peuvent laisser des questions sans réponses, d’autres en sont incapables. C’est en ce sens que dieu est une réponse et non un doute. Pour ce qui me concerne (Mais connaissez-vous quelqu’un qui soit capable de parler d’autre chose que de lui-même.. y compris parmi les meneurs d’opinion?), peut me chaut qu’une question essentielle puisse rester en suspend.... D’où viens-je? je n’en sais rien... Où vais-je? Aucune idée... et dans quel état j’erre?.. Là, oui, j’ai une idée... C’est un retour au présent radical... Ce que je peux changer, alors, je travaille à le modifier.. Le reste, sur quoi je n’ai aucune prise, à quoi bon?.... A quoi me servirait un dieu? Une idéologie? .... Ni l’un ni l’autre ne changeront rien au présent.... Si ce n’est à appliquer un cautère sur ma jambe de bois ontologique. L’état ultime du philosophe tragique est proche de l’attitude de l’imbécile heureux. A l’exception d’une idée répandue: on ne peut pas faire l’économie du chemin qui, après une vie de labeur, mène à la jouissance absolue du présent, chemin qui écarte de l’humanité une écrasante majorité des contemporains du penseur, majorité certaine d’avoir trouvé la solution sans même s’être posé les questions, ce qui en fait des jouets du destin, jaugé comme seul explication de notre propre devenir.

Mais revenons-en au fil du discours... De plus en plus de savants, de sachants, devrais-je dire, avouent leur impossibilité à discourir sur le problème de l’origine.... Ce qui est une posture révolutionnaire... De plus en plus fréquemment, la science, en la personne de ses représentants les plus zélés, avoue son incapacité à expliquer le mystère (terme ultra piégeux parce que religieusement connoté..) de la création... ON NE SAIT PAS.... Ce qui, tout à fait logiquement, la nature ayant horreur du vide ( très vieille antienne..), acrédite le fait qu’avouer une incompétence est toujours reçu comme la possibilité d’en exprimer une autre.... L’exemple type est celui qui concerne les frères Bogdanov (deux clowns médiatiques et rien d’autre..) qui se ruent sur le concept du “mur de Planck” pour nous réintroduire (là où ça fait mal, c’est à dire au fondement...) l’idée d’un dieu.... Un dieu qui serait scientifiquement avéré.. L’idéal pour qui a toujours cru sans l’avouer, sans se l’avouer, sans jamais en faire état, comme la majorité de nos élites, du moins françaises.... Ce que soulève la questionnement scientifique actuel, de manière tout à fait inévitable depuis Heisenberg et son principe d’incertitude, c’est rien moins que l’incapacité de la science à répondre à des questions fondamentales.... C’est tout simplement l’abandon de l’idée de progrès.. Ou, plutôt, l’idée d’une limite au progrès... L’Homme (générique)... pourra-t-il jamais résoudre la question de l’origine?.. Il semblerait que se répand l’idée que non.... Tout bonnement parce que nous sommes concernés.. Que nous somme une partie de la réponse et qu’il nous est difficile, voire impossible, de nous questionner sur nous-mêmes..... Au moins pour l’instant (Mon pessimiste congénital m’incline à penser que c’est définitif.. Mais je peux me tromper..). La question est donc bel et bien : “La vie peut-elle expliquer la vie? La matière peut-elle expliquer la matière?”....

Je vous abandonne à cette question définitivement transcendantale.... Vous étiez à la recherche d’une transcendance?....

jeudi 20 janvier 2011

Organique......

“Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux: c’est le suicide”. C’est du Camus, pour ceux qui ne le sauraient pas (que j’imagine peu nombreux...), in “Le mythe de Sisyphe.... Du Camus, quoi.. Son point de vue.... On raconte que Camus était nietzschéen et, je vous l’avoue, je n’en suis pas certain. Personnellement, j’affirmerais volontiers que le seul problème philosophique sérieux est, plus généralement, celui de la mort, volontaire ou non. Juger de la valeur de sa vie me semble indépendant de son désir de l’abréger ou non. Tous ceux qui “font avec”, les plus nombreux, sont néanmoins confrontés, un jour ou l’autre, à la valeur de ce qu’ils ont vécu, à la nécessité d’endurer jour après jour les affres de la douleur inhérente à la question essentielle de l’utilité d’être, aiguillonnés que nous sommes, sans cesse, par la terreur de la finitude. Néanmoins, bien que cette question me paraisse essentielle, peut-être la seule, la seule, en tous cas, qui soit indéfiniment insoluble, je ferais comme tous ceux qui m’ont précédé. Je vais prendre un chemin de traverse. Il est bon, parfois, de goûter au plaisir des chemins d’égarement. Je crains, pourtant, de ne pas m’éloigner vraiment. Car l’une des questions que pose la réflexion sur la finitude est bel et bien celle du corps, cette chose qui nous permet de promener nos sens en tous lieux. Et, plus que le corps, de sa relation avec l’esprit. A peu près toutes les écoles de pensées post-platoniciennes reposent sur la maîtrise de l’esprit sur le corps, considéré comme vil. En ce sens, la manière camusienne peut passer pour conventionnelle, puisqu’elle pose exactement cette question de la décision de l’esprit face au corps en stigmatisant la capacité de l’un, l’esprit, à supprimer l’autre, le corps. C’est le point de divergence. Le point où le nietzschéisme de Camus entre en branle: le cerveau, siège de l’esprit, n’est rien d’autre qu’une partie du corps et son activité s’éteint avec la vie de son hôte matériel. La question essentielle est donc celle de la survie de l’esprit après la disparition de l’enveloppe. Une question fondatrice pour l’écrivain. Le corps peut-il survivre dans la matière ou bien doit-il travailler pour sa survie dans le domaine de l’esprit?... Une question platonicienne et non-socratique. La religion, les certitudes occidentales, la douleur de vivre, les dérives psychologiques, tout cela ne vient que de cette ambiguïté: l’impossibilité de considérer le cerveau comme un organe ordinaire. De refuser de considérer ses messages constants comme l’expression d’une puissance extérieure. Le paroxysme en la matière porte un nom médical: schizophrénie. Une dénomination qui, comme toutes les autres, ne repose que sur un point de vue. Au cas où vous ne l’auriez pas compris, toute dénomination ne repose que sur un seul critère: l’air du temps. Si vous m’avez suivi, vous venez de vous oxygéner. Le problème unique, c’est de savoir si vous avez envie, si vous avez encore le désir, d’emprunter les chemins peu fréquentés. Je viens de faire une jolie balade sur les chemins de traverse de la pensée universelle: j’y ai trouvé quelques champignons comestibles dont je vais me régaler.... Et vous?
Ces quelques lignes reposent sur votre capacité à comprendre l’ellipse du langage. Si vous ressemblez outrageusement à vos contemporains, je suis certain que vous ne m’aurez pas compris. Et vous et moi devrons faire avec.

lundi 29 novembre 2010

Déisme ambiant

Dieu est mort!... Certains ne retiennent de Nietzsche que cette phrase... Dieu est mort.. et de s’empresser d’ajouter, tout à fait logiquement: s’il est mort, c’est qu’il a existé.... Là, normalement, on clive gravement, comme on dit aujourd’hui. C’est imparable, pas vrai?.... S’il est mort, c’est qu’il fut.... Sauf qu’il ne s’agit ici que de sémantique. De l’application au langage d’une logique qui n’est que scientifique, mathématique. A entraîne B. Ce qui ne repose que sur un postulat: ce que les mathématiques conçoivent, le langage doit pouvoir le permettre. Parce que le langage est logique, évidemment logique. Et là, j’en suis désolé, je perds le fil.... C’est mathématique, si vous le désirez. Cela tient au concept de non-réciprocité. En maths: A implique B n’implique pas que B implique A. Le fait que le langage soit sommé de traduire une réalité scientifique n’implique pas que le langage soit la traduction d’une réalité. Pour ce qui nous (me?...) concerne ici: non, le fait que dieu soit mort n’implique pas qu’il ait existé. Cette conclusion n’est que l’effet d’une construction mentale à base de superposition, un effet de “couches”, si vous préférez. Ce que nous ne parvenons pas forcément à percevoir, c’est qu’il existe un saut de sens, de concept, entre l’affirmation primale: dieu est mort!.. et la réponse: c’est donc qu’il a existé.... Cette conclusion souffre d’insuffisance: ce ne sont que des mots. La réalité, du moins telle que je la conçois, est bien différente: dieu est mort, l’Homme l’a tué, mais ce que l’Homme a tué, ce n’est que l’idée d’un dieu. Ce qui est sur un autre niveau que la réalité, si vous suivez... Le fait que l’Homme ait tué son idée d’un dieu n’a rien à voir avec son existence ou non. Dieu existe ou pas, ce qui n’a rien à voir avec le fait que je croie ou non qu’il existe,qu’il ait existé, et que je sois parvenu ou non à le tuer. C’est objectivement un autre plan. Par contre, ce que je perçois, c’est que cela arrange bien les croyants, c’est à dire ceux qui sont convaincus de l’existence de dieu, qui vont même jusqu’à accepter qu’il ait pu, seulement, exister, et qu’il soit mort. Cela leur convient, donc, comme débat, pourvu qu’on accrédite l’existence actuelle ou passée d’un dieu, ils sont prêts à tout accepter.

La réalité, c’est que Nietzsche fait sans cesse appel à la philosophie préplatonicienne, celle qui conçoit l’univers sans notion de dieu quand nos penseurs actuels ne font appel qu’à Platon et Aristote, les deux tenants de l’existence d’une puissance supérieure à la base de toute vie. Conceptualiser Nietzsche dans un contexte platonicien ou aristotélicien et ne discourir que de la contestation de leur théorie, considérée comme fondatrice, par Nietzsche, suppose donc la contestation non de l’existence d’un dieu mais de sa survie.... Nous sommes donc largement manipulés en souscrivant à ce débat. Dieu peut très bien ne jamais avoir existé et être, pourtant, mort.... Mort dans la pensée humaine.... La philosophie actuelle, celle qu’on pourrait qualifier, dans le sillage d’un De Gaultier, d’officielle, se contente de discourir sur la base d’un dogme admis, celui de l’existence, actuelle ou passée, d’un être suprême, sans jamais envisager, à dessein, que le “créateur” ait pu ne jamais exister.. Ce qui les amène à accréditer l’hypothèse de sa mort, à la limite, la limite de leur système de pensée....

Dieu est mort, c’est certain, mais cela n’empêche en rien l’hypothèse selon laquelle il n’aurait jamais existé ailleurs que dans l’esprit des Hommes.

dimanche 10 octobre 2010

Diogène..... et syndrome

Le syndrome de Diogène est un syndrome décrit par Clark en 1975 pour caractériser un trouble du comportement de la personne âgée conduisant à des conditions de vie négligées, voire insalubres, qui peut se traduire par une une syllogomanie (accumulation d’objets hétéroclites).

Il est très curieux de constater comment le comportement de Diogène a été interprété dans la définition du syndrome. Alors qu’il n’est qu’un ascète qu’on pourrait qualifier d’intégriste, de frénétique, qu’il a consacré sa vie à se débarrasser de tout ce qu’il trouvait inutile à la vie, jusqu’à son propre gobelet, brisé le jour où il vit un enfant boire à une fontaine en usant de ses mains en creux, curieux, donc, d’en arriver, partant de ce philosophe cynique, qui parcourait les rue de sa cité à la recherche “d’un homme”, à une image dégradée de la personne négligeant totalement son hygiène. D’un point de vue logique, vivre dans le dénuement n’a rien à voir avec vivre dans la fange. A moins d’ajouter l’hypothèse d’un jugement moral à la démarche conduisant à cette dérive. A cela, à mon sens, trois types de raisons: d’abord, l’association, toujours vivace, dans les milieux bourgeois, entre saleté et pauvreté, mais qui nous viendrait plutôt du temps des mines, du dix neuvième siècle. Ensuite, le fait que Diogène n’était du tout le copain d’un certain Platon. La tradition nous rapporte un grand nombre d’apostrophes sauvages du cynique contre l’inspirateur de la religion. Diogène était athée. Les philosophes athées n’ont jamais eu très bonne presse, encore plus lorsqu’ils précèdent de plus de quatre cents ans l’arrivée du messie. La morale commune accepte de comprendre l’athéisme comme une évolution de l’esprit humain qui, s’adossant sur les progrès de la connaissance, ferait reculer l’idée d’un dieu sur son nuage vers des conceptions plus abstraites. L’athéisme n’est admis que s’il suit l’apparition “du” livre. Mais le concevoir comme une vision de l’univers plus ancienne même que la religion, presque plus légitime, puisque, en matière de religion, l’argument de la tradition est essentiel, cela, c’est au-delà des forces mentales des croyants. Diogène, par son cynisme athée, par son comportement immoral, du moins pour les gens pieux, est plus qu’un monstre: un ennemi. D’où une certaine rancoeur envers lui et quelques autres, dont Socrate, Lucien de Samosate, j’en passe, qui sont voués au gémonies comme l’est encore, par exemple, Nietzsche. On comprend alors que l’associer à la déchéance, comme d’autres au nazisme, par exemple, est une manière de continuité dans la logique excommunicatoire de l’église. Le pape actuel vient de dire exactement la même chose du vingtième siècle athée. Le troisième type de raison qu’on pourrait invoquer pour expliquer ce jugement diffamatoire sur Diogène tient à notre type de société: le libéralisme. Dans les temps actuels, l’ascèse, quand tout est fait pour que nous consommions, devient également le fait non seulement d’originaux un peu cinglés mais, bien pire, la seule attitude capable de mettre le système à bas. L’ennemi, celui qu’on doit abattre ou, à défaut, salir.

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que Diogène, ennemi de la pensée actuelle à plusieurs titres, ennemi de la pensée majoritaire, au sens propre, se trouve associé à la saleté et à l’ordure. Ce qu’on appelle une leçon de tolérance.

mardi 22 juin 2010

Histoire.... grand H?....

Parfois, il semble absolument évident que la “culture” scientifique est porteuse d’une immense richesse pour ce qui concerne le domaine philosophique. D’ailleurs, point n’est besoin de s’appesantir. Tous les philosophes antiques étaient également des savants, Pascal, Einstein, Heisenberg, Albert Jacquart ou Hubert Reeves aujourd’hui sont des exemples assez démonstratifs. Il est un débat actuel dont il me semble qu’il gagnerait à s’inspirer des théories scientifiques, c’est celui qui concerne l’Histoire. L’histoire avec un grand H existe-t-elle? Est-elle autre chose que la juxtaposition pas toujours logique ou pleine de sens de destins individuels?.... Le seconde guerre mondiale, la révolution française, peuvent-elles être décrites plutôt d’un point de vue global ou bien n’en avons-nous une idée précise et juste qu’en portant un regard focalisé sur le rôle de chacun des acteurs?

Dans ce cas, il me semble que la mécanique des fluides est de quelque utilité. En particulier l’écoulement d’un fluide dans un tuyau. Ce que vous pouvez constater, d’un point de vue macroscopique c’est que l’eau coule de votre robinet avec un débit constant de quelques litres par minute. C’est ce qui vous est utile lorsque vous remplissez un récipient ou une baignoire ou bien que vous arrosez votre pelouse. SI vous observez le phénomène d’un point de vue microscopique, par contre, vous tombez sur une complexité sans nom. Si l’observation globale pouvait inciter à penser que toutes les molécules se déplaceraient à la vitesse du flux et toutes dans le même sens, en réalité, aucune molécule n’a le même mouvement que sa voisine. Certaines dans le sens du flux, mais plus rapidement ou plus lentement, certaines à contre-courant, certaine perpendiculairement au sens du courant, d’autres immobiles, bref, un fatras indescriptible. A tel point, par exemple, que si vous versez de l’eau pure et incolore dans un récipient ne contenant de l’eau colorée en bleu, vous aurez la surprise de voir que le réservoir du haut se colore peu à peu en bleu, ce qui signifie que certaines molécules ont remonté le filet d’eau qui s’écoule. Et, ce, en nombre suffisamment significatif pour provoquer une coloration de l’eau située en haut. Bref, décrire le mouvement macroscopique, un écoulement régulier, en prenant pour base d’observation l’échelle de la molécule devient impossible. Car très peu parmi elles suivent le mouvement global constaté. Pourtant, ce mouvement global, est la réalité: de l’eau s’écoule d’un point à un autre. Pour recréer la réalité constatée à partir de chacune des molécules, il faut connaître avec précision le mouvement de chacune d’elles et déduire de la somme de tous ces mouvements le résultat total. C’est un calcul quasiment impossible. On ne peut le mener à bien qu’en faisant appel aux probabilités. C’est une des questions théoriques les plus complexes de la physique. Un cauchemar pour le physicien. Pourtant, la réalité est impérative: le liquide circule d’un point à un autre. Mais elle est double. D’un point de vue général, cela s’écoule, d’un point de vue particulier, rien ne l’indique. Pour décrire la réalité, donc, nous avons besoin des deux échelles. La réalité est constituée à la fois du global et du particulier.

De la même manière, me semble-t-il, le terme “histoire” recouvre deux réalités. L’une générale, l’autre individuelle. Pour prendre un exemple, disons que, d’un point de vue global, l’Allemagne hitlérienne a mené une guerre au reste de l’Europe entre 39 et 45, que, pendant cette guerre, elle s’est livrée à la déportation et l’élimination d’environ 6 millions de juifs. Cela ne dit rien sur l’histoire particulière de chacun des juifs qui ont subi ce sort. Si nous observons l’histoire au niveau individuel, nous trouvons toutes sortes de comportements. La fuite, le suicide, la collaboration (il y eut des juifs collaborateurs...), l’évasion, la survie au camp, la mort silencieuse, l’accueil dans des familles de “justes”, et, bien entendu, la déportation, bref, des millions de cas différents dont très peu décrivent la réalité globale: l’extermination de six millions d’individus. De plus, l’existence de la “solution finale”, que l’on peut comparer à un “flux global”, impose à chacun des individus concernés une attitude qui sera leur réponse personnelle à ce flux. Ils vont devoir soit marcher dans le sens du flux, soit le remonter, soir s’en échapper par un biais mais, en tous cas, ils devront se déterminer par rapport à lui. Il y a très peu de chances de pouvoir décrire ce que fut la solution finale à partir de tous les cas particuliers. Cela supposerait, d’ailleurs, qu’on les connaisse tous. La réalité globale ne pourra être parfaitement décrite à partir des cas particuliers. Pourtant, ces cas particuliers existent. Comme existe la réalité globale. Ainsi, il me semble que le débat actuel sur Histoire et histoire n’en est pas un. Pour comprendre la réalité d’un fait historique, nous avons besoin des deux points de vue.

Il est assez évident que notre époque, qui privilégie l’individu en tant qu’unique ne peut facilement admettre que nous serions parfois les jouets d’un courant dont la puissance nous dépasse. Aujourd’hui, il semble très important que chacun d’entre nous puisse penser qu’il tient son destin entre ses mains et qu’il en est le seul maître. Cette idée, qui tend à nier l’existence d’une histoire avec un grand H est évidemment très rentable d’un point de vue économique. Faut-il voir là la raison de cet air du temps qui voudrait qu’on en revienne toujours et sans cesse aux cas particuliers?.....

vendredi 18 juin 2010

Invitation à penser autrement

Le génie pourrait se définir par l’incapacité à justifier ses raisonnements. L’action sous l’impulsion de l’instinct. Ce qui suppose donc une appréhension globale des tenants et aboutissants, une perception intégrale du contexte, basées uniquement sur une sensation, un ressenti, qui ne laisse aucune place à la logique. Le génie est celui qui pressent sans pouvoir expliquer ce qu’il a ressenti. Qui ne peut donc édicter ni théorie, ni théorème, ni principe, ni dogme. Ainsi sont les choses. Pour donner tort ou raison au génie, il n’y a qu’un moyen: attendre que le temps, l’histoire, lui donne ou non raison. Ce qui exclut d’emblée du génie tous les penseurs, aussi puissants soient-ils, qui peuvent étayer leur raisonnement. Pour prendre des cas concrets, parlons de Nietzsche, en philosophie, qui ne se comprend pas au sens de l’entendement, mais se reçoit ou non, par opposition à Kant ou Sartre, qui s’expliquent. Parlons de Einstein, qui a une intuition de l’ordre du monde physique, par opposition à Newton qui l’explique. De tel ou tel peintre, qui “conceptualise” par rapport à Van Gogh, qui produit. De tel ou tel littérateur qui s’inscrit dans un courant, une filiation, en opposition à Artaud, par exemple, qui vomit ses mots. De Mozart, qui éructe sa musique par opposition à Beethoven, Bach ou Wagner qui la construisent. Le génie est perturbateur parce qu’il ‘entre pas dans le champs de la raison dialectique, qu’il ne peut se concevoir que comme étant ou non sans autre débat. Ce qu’il produit est ou n’est pas. Mais le pire, la partie la plus opposée au génie, c’est évidemment celle qui cherche la raison de toute chose. Qui dissèque et disserte ce qui ne peut s’expliquer autrement que par la célèbre formule: cela est!.... Le génie humain n’a pas de pire ennemi que qui veut à tout prix comprendre et analyser. Nos cimetières sont pleins de ces génies anonymes qui ont croulé sous l’injonction de s’expliquer quand le fait même de leur génie est de ne pas le pouvoir. Pas de pire ennemi que les fonctionnaires de la pensée qui, manches de lustrines au poignet, dissèquent et analysent pour comprendre et trouver une cohérence.

Sans vouloir insister outre mesure, je signalerai à ceux que cela intéresse que la définition du génie ainsi acceptée en appelle à la notion de surdon, qui peut exactement se définir ainsi: incompréhensible et injustifiable. Tous ceux qui s’intéressent à cette question, hélas assez rares, il n’est qu’à constater le peu d’intérêt que suscite cette manière d’être dans l’intelligentsia, le nombre très réduit de publications, tous ceux, donc, qui ont un jour été confrontés à la très spéciale notion de surdon, savent qu’il y a une espèce de superposition possible entre le calque du génie et celui du surdon.

lundi 3 mai 2010

Tentative de penser le cas Polanski..... au delà du bout du nez

Il est bien difficile de se prononcer sur le cas Polanski... Sa défense est loin de n’être qu’adroite.... Ses détracteurs ressortent bien souvent de la bien-pensance, voire de l’obscurantisme, ses amis sont souvent excessifs dans le maniement de la notion de complot. Il reste une chose. Cet homme a eu, en 1977, des relations sexuelles avec une mineure de 13 ans dont le consentement, au moment des faits, semble mis en doute, et dans un pays où le crime de viol ne connaît pas de prescription, ce qui est une bonne chose, pour des raisons évoquées plus bas. A cette époque, une période d’extrême liberté sexuelle touchant à la confusion, de telles relations ne sont pas, en soi, choquantes. Ce qui l’est , c’est le doute sur le consentement. Parce que, même en ces temps troublés des années 70, le crime de viol existe. Il reste donc à établir s’il y eut ou non viol. La victime, Samantha Geimer, demande aujourd’hui, elle-même, l’abandon des poursuites. Pour autant, elle ne nie pas le fait qu’elle fut violentée. Peut-on la croire? Toute personne qui a un jour été en contact avec une femme violée sait parfaitement que la culpabilité ressentie, la mémoire traumatique, peuvent aboutir à des dizaines d’années de déni. Trente trois ans, ce n’est pas un délai très long au regard de ces attitudes. En France, le crime de viol est prescrit après dix ans, vingt si la victime était mineure au moment des faits, parfois plus si le violeur avait autorité sur la victime, membre de la famille, enseignant, animateur, etc.... Cette prescription a pour effet que la majorité des cas de viol ne sont jamais traités par la justice. En ce sens, il me semble que la justice états-unienne est plus juste que la nôtre. J’ai connu des femmes qui, avant de parler de leur traumatisme, ont attendu d’être sur leur lit de mort, comme si seul ce moment, où l’on sait qu’on ne devra pas assumer les conséquences de ses révélations, pouvait s’envisager pour remettre en cause l’image d’un père, d’un oncle, d’un frère. La parole d’une femme violée n’est pas libre. Sa vie est une épreuve, une mascarade, elle souffre, ne serait-ce que de ses relations sexuelles tragiques, voire douloureuses, ne serait-ce qu’à cause de ce qu’elle craint de transmettre à ses enfants de cette souffrance, ne serait-ce qu’à cause de l’ambiguïté qu’elle entretient, que, parfois, son entourage proche entretient, sur sa culpabilité: la plupart du temps, ces femmes sont convaincues qu’elles ont voulu, recherché, trouvé avantage à leur viol. Quand elles ne pensent pas qu’elles sont seules responsables de leur drame. La vie d’une femme violée est entièrement conditionnée par cet acte. Une vie!.. C’est bien plus que 33 ans. Et je réaffirme que Mme Samantha Geimer peut très bien être, aujourd’hui encore, dans sa démarche difficile d’outing.. Et, donc, ne pas vouloir poursuivre parce que la douleur de la révélation est encore trop prégnante. En face de cela, Polanski dit “avoir payé sa dette” en ayant subi 42 jours de prison.... 42 jours.... Pour quiconque a été violé ou a connu des femmes violées, cette affirmation est tout simplement odieuse. Elle démontre tout simplement que Polanski, comme beaucoup d’hommes, et particulièrement parmi ceux qui prennent sa défense de manière inconditionnelle, n’ont toujours pas compris en quoi le viol est un crime. En face de ces 42 jours, une femme peut aligner 33 ans de torture. Pour moi, c’est un bien que Mr Polanski ait à répondre des sa “bêtise” commise il y a 33 ans. “Bêtise”, parce que, encore une fois, ces faits ne se sont pas produits n’importe quand.. on peut lui accorder les circonstances atténuantes dûes à cette époque. Mais il ne me paraît pas injuste qu’il réponde devant la justice, fut-ce 33 ans après. Ne serait-ce qu’au titre du symbole: celui qui consisterait à dire aux femmes violées de par le monde qu’il n’est jamais trop tard pour obtenir justice sur des faits aussi graves.

vendredi 26 mars 2010

Et merde!....

Ben, tiens!... V’là aut’chose... Après une semaine Platon, puis une semaine Aristote, les deux références honnies de tout athée qui se respecte, France-cul (la mal nommée) nous a fait sa semaine du “bonheur”.... En relation avec l’Université de Rennes... Pour finir, apothéose, voilà que débarquent, vendredi, Spinoza et Kant.... Et, là, je cale... Non, je ne vais pas tomber dans ce piège grossier.... Tiens, pour une fois, vous savez quoi, je vais la remettre dans ma culotte... Je ne vais pas réagir.. Rien à faire, vous ne m’aurez pas, tas d’encul-tur-és normés, normatifs et normaliens, cette fois, c’est non.. Allez vous faire voir.... Je ne répondrai pas sur votre tendance à ne considérer que les philosophes croyants, je ne démonterai pas Kant, et, en particulier, son texte cité aujourd’hui, qui n’a rien à voir avec la modernité, malgré ce que vous en annoncez, ce qui paraît pourtant facile, je ne parlerai pas de Spinoza, qui n’a jamais créé en moi aucun désir, rien à faire, cette fois, vous allez aller vous faire foutre..... Je ne vous écouterai plus qu’avec un sourire narquois, parce que, comme toute personne appelée à s’exprimer, vous avez fini, ce jour, de montrer vos limites, en tous cas pour moi.... Et, même si j’en suis conscient, mêmes si je sais que cette protestation ne concerna presque que moi, cette fois, c’est fini, je vous conchie....