samedi 12 décembre 2015

Parano ou schizo ?....


Nous sommes un certain nombre à n’avoir pas oublié la formule quasi définitive et néanmoins soixante-huitarde qui définit le mieux le choix politique offert par les « élites » au « peuple » : la dictature, c’est ferme ta gueule, la démocratie, c’est cause toujours. La formule est récente. Le fond du problème est antique. Citons, pour exemple, les écrits fameux de Machiavel. Mais l’histoire la philosophie regorge de discours, certains datant même d’avant l’ère chrétienne, sur la capacité du « peuple » à comprendre les enjeux, évidemment édictés par les dominants, du débat politique. Le concept, s’il est invariant au cours des siècles, n’en a pas moins évolué dans ses formulations. Pour me concentrer sur mon époque, parce qu’il n’est pas question, ici, de rédiger un essai à caractère exhaustif, je dirais qu’à l’ère industrielle correspond un moyen industriel de domination des consciences. Ce que je daterais, à peu près, de la naissance de la théorie capitaliste, disons, pour simplifier, avec Locke ou Smith. Mais ces noms ne suffisent pas à expliquer l’état actuel du débat. Il faut, pour comprendre intégrer aux concepts définis comme étant à l’origine du libéralisme économique, que nous sommes aujourd’hui, manifestement impuissants à dénoncer, les ajouts qu’y ont apportés tous les tenants plus ou moins conscients des théories psychanalytiques. Freud, évidemment, dont la dénonciation actuelle par des intellectuels rétifs et sensibles à la liberté de penser passe encore pour du dépit, simplement pour la raison que Freud ne peut pas être formellement identifié comme responsable de ce qu’il a engendré, du moins ne peut-on déterminer son degré d’engagement. Est-ce ou non, là, le résultat de ce qu’il concevait froidement ou bien un accident imprévu de ses pensées ?... Pour ses disciples libéraux, par contre, aucun doute n’est possible. Le but de Mr Barneys, neveu de Freud, par exemple, est clairement la manipulation des masses à but capitaliste, ce qu’il prouve par son implication dans l’univers de la publicité. Mais ce discours, qui semble viser uniquement Freud, pourrait tout aussi bien s’appliquer à Marx ou Nietzsche. Les interprétations de ces deux penseurs laissent également circonspect. Voulaient-ils vraiment ce que leurs interprètes ont déduit de leurs œuvres ou bien sont-ils totalement innocents ? Entendre, par exemple, Mr Minc dire, goguenard, qu’il est le dernier penseur marxiste de France ou la sœur de Nietzsche confirmer que son œuvre est authentiquement nazi ne peut que nous laisser sans voix. La manipulation des masses, si elle date de la naissance de l’humanité, a donc évolué au cours des siècles. Aujourd’hui, il me semble qu’elle a pris un tour quasi purement psychologique. Il me semble que, de nos jours, on ne laisse au peuple que le choix entre paranoïa et schizophrénie. Et ce fait me rappelle l’utilisation intensive de la normalité psychiatrique qu’ont pu faire toutes les sociétés et en tous temps, contre des artistes comme Van Gogh, par exemple, mais dont le champion reconnu restera l’Union Soviétique. Il me semble que l’époque actuelle démontre radicalement que nous ne valons guère mieux. Pour la paranoïa, il me semble inutile d’insister, en cette veille de second tour des élections régionales. Pour la schizophrénie, je pense à tous ces citoyens dont on exige qu’ils aient une attitude « écologique » irréprochable cependant qu’on les contraint à acheter pour Noël un tas de merdouilles « made in China » ou à prendre leur voiture pour aller chercher le pain..... Le choix du « peuple » est donc devenu simple et clair : tu t’aimes mieux parano ou schizo ? … La seule vraie différence, pour les dominants, c’est la marque du cachet à prendre chaque matin. Le choix vous appartient, évidemment, le principal étant que vous vous sentiez coupables de quelque chose. Restent tout un tas de gens, plus ou moins cultivés, qui, ayant quelque lucidité sur la condition humaine, ne souffrent pas outre mesure d’être à la fois paranos « et » schizo. Ce qui fait une très importante différence avec la masse, les paranos ne se sachant pas, en général, tels, pas plus que les schizo. Pour le pouvoir, le principal est que vous choisissiez entre l’un et l’autre afin de pouvoir vous opposer.... Les élections de demain sont, à ce titre, parfaitement démonstratives. Sur les affiches électorales, on voit très clairement l’opposition exclusive entre le camp des « paranos » qui vont voter à droite et le clan de schizo qui vont voter à gauche. Dans ce contexte, il est facile de voir en ceux, assez peu nombreux, qui ne veulent à aucun prix faire partie de l’un ou de l’autre camp sont dérangeants. Je parlerais à ce titre de personnes qui auraient le « même genre de beauté que moi ». Leur beauté est bien plus grave qu’on pourrait le croire : ils sont menaçants. Dans ce cas, le pouvoir possède une arme qu’il nomme « État d’Urgence »... Sous cette gouvernance, le pouvoir jouit d’un ensemble d’arguments propres à faire des récalcitrants un membre de l’un ou l’autre des groupes. On tape un peu sur le crâne des « gauchistes » dans l’espoir d’en faire enfin des « paranos », on montre à longueur d’antenne des images qui incitent les gens de bonne volonté à peser le pour et le contre de l’autorité abusive afin d’en faire des schizo.... Et vous, vous avez choisi quel camp ?.... Et vous, vous comprenez quand que choisir c’est se condamner ?....

vendredi 20 novembre 2015

Autrefois, le monde était dirigé par des malades. Aujourd’hui, il l’est par des crétins.


J’ai toujours été persuadé que les gens qui ont réponse à tout et rétorquent à la vitesse de l’éclair à toute proposition, ce qu’on croit l’indice d’une finesse d’esprit, ne sont, en vérité, que des crétins. Pour la simple et bonne raison que répondre dans l’instant à une problématique ne peut avoir qu’une explication : on n’a tout simplement pas compris la question. Ou, du moins, on n’a pas pris le temps d’en mesurer toute l’étendue. Toute question, aussi bête soit-elle, génère immédiatement une arborescence infinie de réponses possibles, suivant les différents angles envisageables, suivant le nombre incalculable de situations qu’elle suppose, suivant l’empathie réelle dont vous êtes capable, c’est à dire votre faculté à vous mettre réellement à la place de l’autre, dont vous ne savez rien, à priori, et dont vous devez envisager, alors, toutes les facettes. Cette espèce humaine très spéciale qu’on nomme « les intellos » se noie immanquablement sous le poids de toutes les implications envisageables, tout en en oubliant la majorité, d’ailleurs, ce qui a pour conséquence immédiate qu’un intellectuel commence toujours ses réponses par un silence. Mais le terme « toujours » est, comme il est normal, ici, usurpé. Parce que, hélas, les questions sont trop souvent convenues, entendues mille fois. Conséquence, le grand homme passe en mode automatique et répond du tac au tac, comme un vulgaire intellectuel de comptoir, mais, différence, répond néanmoins, dans tous les cas, une chose élaborée, longuement mûrie, analysée et plutôt intelligente, dans les meilleurs cas. C’est une chose que tous les personnages « à la mode », en vue, ont très bien comprise et que l’on nomme « langue de bois ». Une faille dans la cuirasse de l’intellectuel, qui en a beaucoup d’autres, et qui , pour lui, tient surtout à la fatigue et à son mépris du monde tel qu’il va. On le lui reproche suffisamment pour qu’il ne paraisse pas essentiel d’y insister. Par contre, cette constatation est, le plus généralement, la porte ouverte au concept de « trahison des clercs » dont on parlait autrefois, cet autrefois où l’on parlait encore de ces problématiques aujourd’hui jugées « has been », et qui, bien qu’elle soit un peu vieillotte, ce qui ne la condamne pas à l’oubli, voire n’obère guère sa capacité à passer dans l’histoire, garde, à mon sens, quelque acuité. Il n’est qu’à voir cette rumeur récente alertant sur le fait que la politique étrangère de la France ne se ferait plus au quai d’Orsay mais dans le bureau de BHL. Je suppose que jamais aucun procès ne condamnera le sieur BHL le jour où la politique extérieure de la France sera enfin montrée du doigt pour sa responsabilité dans l’état actuel du monde terrible dans lequel nous vivons. La langue de bois, c’est un langage adopté par les clercs, quels qu’ils soient, pour se vendre, donner cette impression qu’ils sont compétents en toute circonstance, qu’ils ont la réponse. Les clercs et les politiciens étant tous concernés, ils se repaissent évidemment des médias où ils sont interrogés par d’autres tenants de ce langage sans langage, ces questions sans questionnement. Si bien que nous sommes habitués aux discours creux, aux poncifs, en un mot : à la crétinerie. Je n’ai rien à en dire de plus. Si cela ne me plaît pas, je n’ai qu’à couper le son. Mon problème, c’est que la règle impose à tous le standard actuel des « réponses immédiates ». Particulièrement aux médias et aux politiciens. Il ne s’agit plus d’être intelligent. Il faut faire « le malin ». En quelques exemples simples : GW Bush, Sarkozy, Hollande, Valls, Poutine, Blair, Cameron... En gros, un fait divers, une loi, un attentat, une guerre. N’importe quel dirigeant un tant soit peu sensé prendrait au moins une à deux semaines de réflexion avant de modifier la loi, la constitution et, partant, le futur de son pays ou de mobiliser les troupes.. Les nôtres, non. Ça, c’est la preuve irréfutable de leur indécrottable crétinerie. D’une personne qui réagit trop tard, on dit souvent qu’il a l’esprit d’escalier, celui qui se manifeste une fois la porte refermée seulement. Peut-être devrait-on multiplier les escaliers dans les allées du pouvoir.



mardi 10 novembre 2015

Je suis une machine frappée d'obsolescence programmée


L’obsolescence programmée est une chose qui me concerne. Pas du point de vue matériel, non. Ce concept me concerne moi, moi en tant que personne. Je suis un être humain dont l’obsolescence a été programmée. De manière politique. Tout cela vient de la différence entre tradition et culture. Je suis né dans une famille que, à l’époque, on qualifiait de prolétaire. En ce temps, la culture était la propriété exclusive de la classe dirigeante. Avec des nuances, le mépris, par exemple, qu’on pouvait avoir pour les nouveaux riches, les B.O.F. au sortir de la guerre ( Beurre, Oeufs, Fromages, tous les gens qui s’étaient enrichis du marché noir) et toutes les madames sans-gêne. Le « peuple », quant à lui, avait des traditions. A commencer par la religion, différente selon les nations mais toujours instrument de domination et complice du pouvoir. La tradition, c’était aussi la guerre où l’on envoyait « la chair à canon ». La tradition, c’était aussi le folklore et tout un tas de cérémonies, certaines dite « de passage », comme le mariage ou le service militaire. Or, depuis la Révolution Française, une partie des élites s’est dissociée de sa classe de naissance et s’est attachée à faire partager la culture au peuple. Parmi ces mouvements, bien entendu, le communisme qui, on peut le lui reconnaître, à toujours mis au premier plan de ses préoccupations l’éducation des masses. Bien entendu derechef, cette éducation est soumise à caution, dans son côté manipulatoire et son caractère moult fois constaté de mensonge « plus beau que les anciens mensonges » ( Aragon in Les Poètes). Le paroxysme étant, pour ma génération, le « petit livre rouge » de Mao. Mais ce mensonge nouveau ne peut être jugé isolément du fait qu’il remplace un autre mensonge et que les tenants du pouvoir, eux-mêmes, se sont toujours évertué à enseigner au « peuple » des vertus qu’ils ne respectaient pas eux-mêmes. La religion, évidemment, la fidélité conjugale, les mœurs d’une manière générale, y compris une sexualité interdite, la gestion parcimonieuse de l’argent, le respect d’autrui, la générosité, ce que l’église appelle les péchés capitaux, dont on peut constater, pour tous, que si le paradis existait, les puissants n’y auraient manifestement pas droit. Mais, le paradis, c’est évidemment une création des dominants pour asseoir leur domination sur un peuple inculte, volontairement soumis par eux à l’inculture. Le paroxysme de la prise de pouvoir des « humbles » sur la culture dite « bourgeoise », c’est, pour moi et, je pense, d’une manière générale, 1968. Citer 68 fait aujourd’hui sourire. C’était pourtant tout sauf une plaisanterie. Cette année-là et celles qui l’ont suivie, ont marqué la prise de pouvoir d’une partie du peuple sur la culture. Pas dans la dénonciation de cette culture. Dans l’accaparement de cette culture. La motivation profonde était on ne peut plus claire : pour lutter contre le poids des traditions qui oppriment les masses et les maintiennent en ignorance, la seule solution est de l’éduquer. Pour nous, la culture, ce n’était rien d’autre qu’un processus rationnel pour éliminer les traditions, à commencer par la religion, parce qu’en prime, nous étions tous absolument agnostiques. Nous y avons beaucoup travaillé. En vain, comme nous l’allons voir. En 1968, la bourgeoisie française, autant culturelle qu’économique, a senti le vent du boulet. Si le peuple est cultivé, alors !... En quelques années, les masques sont tombés. A l’ennemi héréditaire du « bas peuple », il ne restait que deux solutions, cette fois nous en étions certains : s’excuser ou bien tomber dans le facisme, les phrases terribles de Goebells sur la culture, par exemple. Ma génération n’a pas su, pas pu, probablement, profiter de cet avantage. Parce que le pouvoir bourgeois est un Phénix. Même par terre, même en cendre, il sait renaître. Le double défi auquel il était confronté était clair : pour maintenir son pouvoir, discréditer les traditions, pour maintenir son pouvoir, trouver une autre forme de domination silencieuse et indolore. Son problème, c’étaient les gens comme moi, très nombreux à l’époque, réellement nés dans une étable entre un bœuf et un âne ( joke !..) et qui avaient lu. Beaucoup lu, beaucoup fréquenté les théâtres, écouté de la musique, classique compris, qui, donc, avaient visiblement franchi le mur sans avoir le passeport tamponné par les instances reconnues. Dès cet instant, pour eux, le niveau de culture ne pouvait donc plus rester un critère objectif de la valeur d’un homme selon leurs critères. Il fallait inventer une nouvelle sorte de religion. Le choix était évident : l’argent. Option possible, rétablir l’emprise de la religion sécularisée, option qui, aujourd’hui, est manifestement sur le devant de la scène. L’idée était simple et a marché, évidemment, puisqu’elle était simple, voire simpliste. On appelle cela la « propagande ». Quand on a de l’argent, on peut, par exemple, magouiller le marché de l’art et imposer comme géniaux des créations dont le peuple, toujours aussi ignorant, décidément, dira une chose imbécile : un enfant de cinq ans pourrait le faire. Le lapin de garenne ne voit jamais le piège qui va le tuer. Le but était évidemment de faire croire au peuple que « nous avons tous du talent ». Le critère, c’est évidemment combien ça se vend. Et, comme vous savez, l’argent, c’est pas nous qui l’avons. Le but final, c’était donc de rétablir la valeur de la « tradition » en face de ce que nous savons être, tous, la culture. Un africain qui taille sommairement un masque dans une écorce, c’est évidemment aussi intéressant qu’une toile de Van Gogh ou de Picasso. Un DJ, c’est pareil que Mozart, un slameur, c’est pareil qu’Aragon, un type qui a été un cancre stupide toute sa vie, a évidemment un discours aussi intéressant qu’un autre qui a tout lu, un type né dans les quartiers nord de Marseille est évidemment égal à celui qui est né à Neuilly, on n’est absolument pas xénophobes et un « arabe » c’est évidemment comme un « gaulois »....... Comment pourrait-on en douter ? Sauf que tout ça suppose qu’il n’y ait plus aucun miroir dans notre univers familier. Impossible de casser tous les miroirs. Il fallait donc en créer un nouveau, un primordial, un qui ferait oublier tous les autres. Ils ont appelé ça « la télé ». Ils y ont mis tout leur pognon. Tu l’allumes et tu es à l’écran. Pari gagné. Vous trouvez ces mots outranciers ? Pari gagné. Ce que vous devriez comprendre, c’est que c’était ça, le plan. Éliminer tous ces gens, dont je fais modestement partie, qui ont une vision décalée de la réalité sociétale. Mes camardes et moi, on s’est tout simplement fait baiser. Le problème, c’est que, personnellement, je ne vois pas vraiment la sortie. Aujourd’hui, vous semblez tous convaincus que la culture et la tradition, c’est pareil. Par exemple, un algérien est de « culture » arabe, un sénégalais de « culture » africaine. J’en ai le cul troué. Non, non, pas de « culture »... De tradition. La culture, c’est encore ce qui remet en cause les traditions, c’est le résultat d’un long apprentissage et non d’un hasard de naissance. D’ailleurs, regardez simplement dans quelles écoles les dominants font leurs études - et continuent d’y envoyer leurs descendants.... C’est tout simplement évident.....

Je suis donc bien la victime involontaire et sans rancune d’une obsolescence programmée politiquement et financièrement. Tout ma vie j’ai bossé pour être cultivé, bourgeoisement s’entend, et, quand j’y suis à peu près parvenu, la culture avait disparu, sous l’action concertée des puissances d’argent. Victime involontaire de l’une des seules périodes de l’histoire de notre pays où l’ascenseur social fonctionnait. Je n’en veux à personne. De ce voyage, j’ai gardé pour moi la culture, tout au long d’un chemin dont je me dis aujourd’hui que je n’aurais pas aimé en parcourir un autre. Par contre, à ceux qui trouveraient encore ça comique, je signale que le « parti de l’inculture » risque d’être prochainement aux manettes parce que vous l’aurez élu. Et, là, je pressens que ma culture pourrait enfin me servir à sauver ma peau......

dimanche 18 janvier 2015

Source

Serait-ce l'effet de ma formation scientifique ?, une idée me tient. En général devant un problème, une source de problème, bien que tout à fait conscient du fait que si une source pose problème, alors, la solution est dans la source, on ne songe à aucun instant à demander « à la source » la solution au problème qu'elle pose. Pour être concret, par exemple, demander à Total de résoudre les problèmes de pollution qu'il pose, demander à EdF de résoudre les problèmes que son « tout nucléaire » pose, demander à des politiciens de juger de la pertinence d'un projet qui leur rapporte de l'argent, tout ça, et j'en passe de bien meilleures, c'est tout bonnement aberrant. De la même manière, il me semble affligeant de demander aux religieux de donner leur solution aux problèmes que posent les religions. Il semble très bienséant et conforme au principe de « tolérance », ces temps-ci, de demander au pape, aux imams, aux rabins,  au Dalaï-lama, à qui voudrez qui dit croire, de résoudre le problème que pose la religion.... Mais, j'en suis désolé, c'est tout simplement extravaguant. Les seuls qui devraient avoir voix au chapitre, aujourd'hui, en France, ce sont les « républicains » et non les « démocrates ». Si vous ne savez pas quelle est la différence, interrogez le web, rubrique « Régis Debray ».... Or, ce que nous découvrons, justement, à l'occasion des derniers événements, c'est que notre pays n'est plus républicain....  et que, dans ce contexte, il devient normal d'interroger les sources du problème sur les solutions qu'elles proposent au problème qu'elles posent elles-mêmes. En gros …. C'est foutu.... Et c'est triste.....

vendredi 16 janvier 2015

Jeunesse éternelle


J'entends par-ci, par-là des intellectuels, des experts, des possesseurs de cerveaux, parfois, évoquer le souvenir de la bande à Baader, des brigades rouges, d'Action Directe, pour expliquer les derniers attentats qui se sont produits en France depuis l'affaire Mérah. La question étant, évidemment, de comprendre comment ces gens, qu'on a immédiatement classés dans la catégorie « terroristes islamiques », bien qu'ils soient tous français, tous enfants de la république française, produits de son école et des ses institutions, ont pu en arriver à de tels actes. Et bien je trouve pertinente la comparaison. A l'époque des terroristes de « gauche », on s'est empressé de tenter une responsabilisation de la gauche française et de ses dérives totalitaires. La vérité, c'est que la gauche française n'était en rien responsable et, donc, qu'aujourd'hui, le responsable n'est pas la religion musulmane. Tout simplement parce qu'il s'agit, dans les deux cas, de dérives très minoritaires d'une partie de la jeunesse en quête d'un idéal absolu. Une chose très ordinaire et dont tout le monde sait qu'elle nous est à tous commune : la difficulté à s'intégrer dans une société qu'on trouve à la fois injuste et peu désirable. Dans les années 70, cela se traduisait par la dénonciation du « métro, boulot, dodo »... Aujourd'hui, cela se traduit par la dénonciation du caractère inégalitaire en objectivement insupportable du capitalisme. Non, définitivement non, la religion n'y est pour rien. Elle n'est qu'un prétexte. Non, définitivement non, nous n'avons pas de problèmes avec les musulmans de France. Le seul réel problème que nous posent les réactions violentes de notre jeunesse, c'est une remise en cause de la manière dont nous avons choisi de faire « société ». En vérité, notre choix de faire ou non « société ». Notre profond désir de partager ou non. Je ne vous apprends rien : ces temps-ci, nous préférons tous, sans exception, notre propre devenir à celui du voisin. Ce que les esprits faibles nomment « l'individualisme » et qui est en vérité que de l’égoïsme. L’ambiguïté entre ces deux termes étant savamment entretenue par les pouvoirs en place, l'individualisme ayant pour but de faire de chacun de nous un être autonome et non prioritaire, une « personne », concept qui suppose la capacité de penser par soi-même et non comme le plus grand nombre. Mais, aujourd'hui, notre véritable problème, c'est que personne n'est en capacité de remettre en cause sa conception de lui-même, ce qui supposerait d'abandonner quelques privilèges et, souvent, les moyens du confort. Il est bien plus confortable, en fait, d'accuser un tiers. Aujourd'hui, ce tiers a un nom : islam. Cette dénonciation du choix d'un bouc émissaire ne m'empêche pas de considérer que, malgré Houellebecq, je n'affirme pas que l'Islam est la religion la plus con du monde mais que toutes se valent et qu'aucune n'est tolérable du point de vue de la raison. Comme beaucoup de nos « jeunes », je suis resté sensible à l'injustice. Accuser l'islam, comme on accusait et accuse encore la gauche française (voir le qualificatif « d'extrêmisme » largement appliqué aujourd'hui à Le Pen autant qu'à Mélenchon) est une injustice. Une injustice qui nous autorise à nous aveugler sur nous-mêmes. Et qui, donc, a de grandes chances de perdurer.

mercredi 7 janvier 2015

Houellebecq

Je n'ai pas lu Houellebecq, le dernier, je veux dire. Mais ce livre semble poser une question qui m'a toujours intéressé : êtes-vous capables de vivre sans dieu ? Si j'en crois les pensées de TOUS mes contacts FB, la réponse semble bien être non.... Houellebecq vient de signer, à mon sens, et je pense qu'il a raison, hélas, une sorte de clôture de la tentative nietzschéenne d'un monde sans divin... Je le reconnais, ce constat me troue le cul... Mais, comme lui, j'ai envie de vous renvoyer à votre pathétique : c'est quand même vous qui faites en sorte que dieu va revenir.... Quelle qu'en soit la forme..... Je pense que, en ce sens, Houellebecq a raison : vous êtes capables de vous "soumettre" à Allah, à défaut d'autre chose.... Mes hommages à Télérama, à France-cul, à France-Inter, à FR3, à France 2, et, plus ou moins, à tous les médias sauf deux : l'Huma et Charlie-Hebdo.....